
Le vrai coût des aliments, et ce que dit votre prix
Un aliment pas cher se paie deux fois. Votre prix peut le raconter.

par Alexandre Limoges, CEO - Passionné de techno et d'agriculture
À retenir
- Le rapport 2024 de la FAO sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture chiffre les coûts cachés des systèmes agroalimentaires à environ 12 000 milliards de dollars par année : un aliment pas cher se paie deux fois.
- En 2023, les fermes américaines ont reçu 15,9 cents par dollar dépensé en aliments produits aux États-Unis.
- Cultiver un sol vivant, sans pesticides de synthèse et près de ses clients, c’est laisser une bien plus petite part de cette facture cachée : soyez-en fiers, et dites-le.
- Trouvez les bons mots et les bonnes personnes, et gardez une marge qui permet à votre mission de durer.
Ce mois-ci, la FAO a publié La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2024, qui poursuit le travail amorcé l’an dernier pour chiffrer ce que la facture d’épicerie ne montre pas. Je l’ai lu en chef d’entreprise qui achète sa nourriture à de petites fermes, et une idée ne m’a pas quitté : ce qui est bon marché finit toujours par coûter cher. Quelqu’un paie le reste de la facture.
Derrière un aliment pas cher, une facture cachée
La comptabilité du coût réel ajoute au prix en rayon tout ce que le marché ne compte pas : les dommages au sol et à l’eau, les émissions, les maladies liées à ce que nous mangeons, les conditions de travail de ceux qui produisent notre nourriture. Le rapport chiffre ces coûts cachés à 11 600 milliards de dollars, en parité de pouvoir d’achat de 2020, pour 156 pays ; la FAO arrondit à environ 12 000 milliards par année. Environ 70 % viennent de régimes alimentaires malsains liés aux maladies du cœur, aux AVC et au diabète, et la FAO précise que ce chiffre sur la santé est une estimation plancher.
Pendant ce temps, la ferme ne touche qu’une petite part de ce que le client paie. La Food Dollar Series de l’USDA montre qu’en 2023, les fermes américaines ont reçu 15,9 cents par dollar dépensé en aliments produits aux États-Unis. Un prix bas à la caisse se paie donc deux fois : une première fois par l’acheteur, et une deuxième fois, plus tard, par tout le monde.
Soyez fiers de ce que vous faites bien
La FAO rappelle aussi qui nourrit le monde : les fermes de moins de 2 hectares représentent 84 % des fermes de la planète, mais n’exploitent qu’environ 12 % des terres agricoles, et les petites fermes produisent environ 35 % de la nourriture mondiale. Quand vous cultivez un sol vivant, sans pesticides de synthèse, que vous vendez à quelques kilomètres de votre champ et que vous faites pousser des dizaines de légumes plutôt qu’un seul, votre part de cette facture cachée est bien plus petite. Vous avez de quoi en être fiers, et de quoi le dire.

Le raconter à votre kiosque
Tous les maraîchers l’ont déjà entendu : votre panier coûte cher à côté de l’épicerie. Ce n’est pas avec un chiffre en milliers de milliards que vous allez convaincre, et ce ne sont pas tous les clients qui ont envie de l’entendre. C’est correct. Raconter son histoire fait partie du métier quand on a une petite ferme, au même titre que cultiver, et ça tient en deux choses.
- Les bons mots. Dites ce qu’il y a dans votre prix, avec vos mots, et seulement ce qui est vrai pour votre ferme : le sol que vous nourrissez, ce que vous ne pulvérisez pas, les carottes arrachées le matin même, les gens qui les ont récoltées.
- Les bonnes personnes. Commencez par les clients qui posent déjà des questions : les abonnés de vos paniers, les chefs que vous livrez, les habitués de votre kiosque. Écrivez-le sur l’ardoise, dans l’infolettre, sur un petit mot glissé dans le panier. Ils le répéteront pour vous.
Sans marge, pas de mission
Comme n’importe quels entrepreneurs, les maraîchers ont besoin de marges. Personne ne s’attend à ce qu’une boulangerie ou un café perde de l’argent parce qu’il est petit et qu’il tient à la qualité ; on s’attend à ce qu’il soit bon et qu’il dure. Une marge viable, c’est ce qui permet à votre mission de durer. Votre prix devrait donc refléter tout le bien que vous faites, et tout le mal que vous évitez.
C’est pour ça qu’on construit Heirloom : pour préserver votre marge, saison après saison, et que votre mission dure elle aussi. Soyez fiers de votre prix : il raconte le vrai coût des aliments.
Sources
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